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L'INFOLETTRE
Avril 2018
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Lumière derrière la caméra
Historique

Par Elyzabeth Walling 

Si le chapeau fait...

Ce n'est pas à cause de son nom de famille que j'ai eu envie de vous parler de Renée April pour cette édition d'avril de l'infolettre!  C'est une costumière qui ne cumule pas des mois, mais 40 ans de métier. En février, lors d'une classe de maître à la Cinémathèque québécoise, elle a discuté de ses cinq collaborations cinématographiques avec le réalisateur Denis Villeneuve, dont son dernier film, Blade Runner 2049. Je découvre que c'est aussi elle qui a conçu les costumes de films comme Le violon rouge, et de plusieurs films hollywoodiens dont La planète des singes et La nuit au musée. Cette native du Bas-du-Fleuve commence son métier à la conception d'accessoires sous la direction de l'illustre designer François Barbeau, qui lui transmet son savoir.  Elle est passionnée de couleurs, de teinture et de patine. La patine, c'est l'usure du vêtement, c'est ce qui le rend crédible et en dit long sur la vie du personnage.  On n'imagine pas un garagiste sans un peu de graisse sur ses habits!  Elle décide ensuite de faire un stage en Italie, selon elle, la Mecque de la Chapellerie. «Les chapeaux sont des œuvres d'art qui révèlent beaucoup sur les personnes qui les portent et sur une époque!» Juste avant j'avais entendu Debbie Lynch-White, l'actrice qui incarne La Bolduc dans le film d'époque du même nom, qui vient de prendre l'affiche au Québec:  «Je suis allée rencontrer la fille de Madame Bolduc, Fernande, qui m'a d'ailleurs dit des choses que j'ai fait changer au scénario. Par exemple, que sa mère ne chantait jamais avec un chapeau sur la tête.»  Regarder l'extrait vidéo. 

Qu'est-ce que ça prend pour être une bonne costumière?  «Beaucoup d'humilité, répond madame April, je rends les personnages vrais, le costume doit aussi remplir les vides de la biographie du personnage. On doit aussi être un peu psychologue: on agit avec des êtres humains, il faut que les acteurs aient confiance en nous pour ensuite faire leur travail en ayant confiance en eux. Il faut aussi apprendre son métier, on ne commence pas costumière!»  La renommée de Renée April n'est plus à faire, elle a néanmoins commencé comme chef habilleuse sur le film Maria Chapdelaine. Éléphant a restauré et numérisé ce film afin de le rendre accessible, mais qu'en est-il de la conservation de tous ces costumes? Lors de la classe de maître de Renée April, devant moi sont assises les jeunes femmes qui ont récupéré la majorité des éléments du costumier de Radio-Canada. Elles m'invitent à visiter Le Grand Costumier. Un samedi ensoleillé, je me rends au magnifique édifice qu'était à l'époque la Bibliothèque centrale sur la rue Sherbrooke. En un peu plus d'une heure, deux bénévoles nous font visiter les cinq étages de ce magnifique coffre aux trésors. Un étage complet est dédié à la fourrure, dont certaines pièces ont sans doute été utilisées pour le film Maria Chapdelaine, mais difficile à dire puisque les costumes ne sont pas répertoriés par production. «La fourrure est un élément essentiel de tous les films d'époque, puisque c'était un moteur économique et une indication du rang social», nous apprend Marie-Claude Mirandette, costumière et professeure d'histoire du cinéma. 

Je passe ensuite devant des centaines de boîtes de chapeaux conservés minutieusement par les experts du Grand Costumier. Les femmes qui suivent aussi la visite ont des étoiles dans les yeux, on parle de petits chapeaux du dimanche, ceux qu'on aimait et ceux qu'on refusait de porter!  Sourires complices et intimes autour de tissus et de fils multicolores. J'apprends que ce sont des femmes qui bénéficient du soutien de l'organisme Le Chaînon. Elles sont en processus de réintégration en milieu de travail. La directrice du Grand Costumier, Marie Houde, me dit que ça fait partie de leur mission: «Nous sommes un organisme sans but lucratif, nous voulons aider entre autres, les femmes en difficulté, les étudiants du milieu et les nouveaux arrivants en leur donnant une expérience de travail ici. Il y aura aussi des ateliers: c'est important d'être un lieu de transmission du savoir.»  De retour à la maison, je regarde l'entrevue que François Barbeau avait donnée à Éléphant en répondant au questionnaire de Proust.  À la question  «Ce que j'aimerais que l'on retienne de moi?», il répond : «Mon travail!»  Au Grand Costumier, j'avais justement pris en photo une redingote de soldat français en vraie laine bouillie que monsieur Barbeau avait conçue pour le film à grand déploiement Nouvelle-France!

On ne vit pas dans le passé, mais il faut se donner les moyens d'apprendre de ceux qui ont vécu avant nous! Si le chapeau fait...
Actuel


Habillage sonore

Je voulais faire la lumière sur ces métiers essentiels du cinéma dont le grand public ne connaît parfois que peu de choses. Puis j'ai reçu ce message: «C'est avec beaucoup de tristesse que nous vous faisons part du décès de Jérôme Décarie, à 53 ans.» Il était un bruiteur très recherché au cinéma. J'ai revu avec émotion cet entretien avec Éléphant où Jérôme Décarie partage avec nous ce qui le passionne de ce métier.   

Lors du film Rafales, il nous raconte qu'il a utilisé de la fécule de maïs pour recréer le crissement des pas dans la neige! Le réalisme de ses sons savait nous faire sentir comme si nous étions présents dans l'action. Il a d'ailleurs fait un stage à Paris où ce métier a acquis, depuis plus longtemps qu'ici, ses lettres de noblesse. Il travaille sur le prestigieux film Jean de Florette en France, où il apprend une technique de pas avec un seul pied! Il possède une sensibilité, une capacité étonnante à analyser un son pour le décortiquer, et une remarquable créativité afin de trouver des façons originales de lui donner vie. En 2005, il partage d'ailleurs un Génie pour le meilleur accomplissement en montage sonore pour le film Maurice Richard de Charles Binamé. Chaque coup de patin a été exécuté sur un cube de glace en studio avec des patins qu'il enfile dans ses mains!

Le réalisateur Jimmy Larouche avait écrit ce mot  évocateur sur le blogue du magazine de cinéma 24 images en 2016, suite à sa collaboration avec Jérôme: 
 
«Moi je suis un maniaque de la conception sonore dont le bruitage est une importante partie. C'est selon moi un des aspects les plus sous-utilisés par les réalisateurs dans leurs films. Le son peut être utilisé de bien des manières, pas seulement pour refléter la réalité de ce qui se passe à l'écran... Pour mon long-métrage Antoine et Marie, au moins cinq scènes ont été écrites entièrement pour l'impact sonore qu'elles me permettraient de générer. Par exemple, le bruit agressant du moteur de la tondeuse que passe le personnage d'Antoine alors que l'on voit son visage en gros plan me permettait de représenter toute la colère qu'il cachait au plus profond de son être. Pour La cicatrice, moi et mon chum Jérôme Décarie, on a cherché pendant presque une journée le bon bruit pour recréer le grincement de l'essieu rouillé de la vieille brouette qui avait servi à transporter le purin dans lequel Richard, personnage principal du film, s'était fait humilier dans sa jeunesse. Bref, le son, c'est crissement important au cinéma!»

Jérôme est décédé à l'Hôpital Marie-Clarac, à Montréal, le soir du 27 février, après deux ans et demi de lutte contre le cancer qu'ont livrée avec lui sa mère, la cofondatrice d'Éléphant Marie-José Raymond, son beau-père Claude Fournier ainsi que toute sa famille. Partagez les moments magiques et parfois tristes qu'ils ont vécus grâce au blogue de Claude Fournier Dans la jungle . Jérôme ne nous quitte pas... Il laisse sa touche bien personnelle dans plusieurs productions. 
 
Une rencontre à la mémoire de Jérôme a eu lieu le 31 mars, au Lion d'Or, en présence de sa famille très élargie. Je réalise à quel point il a touché beaucoup de gens; la salle est pleine! Plusieurs ont partagé avec nous leur amour pour lui. Sur scène, il y a un piano et de la sono pour les musiciens ou musiciennes qui souhaitent lui rendre hommage à leur façon. François Dompierre fait chanter le coeur de tous avec cette chanson bien connue : L'âme à la tendresse. 

En souvenir de Jérôme Décarie, vous pouvez faire un don pour la Bourse d'études Jérôme Décarie-bruitage à l'École de cinéma Mel-Hoppenheim de l'Université Concordia. Vous pouvez le faire en ligne à concordia.ca/faitesundon ou par téléphone au 514 848-2424, poste 7354. Des reçus d'impôt peuvent être remis. Merci de votre générosité. 

Jérôme, tu continues de faire avancer ce métier comme personne!  Maintenant je ne fais pas que regarder un film, je l'écoute aussi! 
À venir
Directeur photo?

 Dans le cadre d'Éléphant sur grand écran, pour clore la série de projections des coproductions on présente Louisiane/ Louisiana. Une grande saga du type Autant en emporte le vent basée sur les deux premiers tomes de l'oeuvre de Maurice Denuzière: Louisiane et Fausse rivière. L'histoire porte sur ce monde un peu à part que les Américains appellent le Sud profond, qui s'est écroulé avec la guerre de Sécession, entre les états du nord et du sud des États-Unis. Au départ, il s'agissait d'une grande série télé de 6 épisodes de 60 minutes. Le film en est un montage plus court de 180 minutes qui avait pris l'affiche au début de l'année 1984.  

Lors d'une rencontre avec Éléphant, Michel Brault nous parle de son expérience en tant que directeur photo pour le tournage du film Louisiane. On arrive difficilement à décrire le rôle du directeur photo tant il est important et tentaculaire. Monsieur Brault souligne que la relation avec le réalisateur détermine souvent la place que tiendra le directeur photo face aux décisions concernant l'image.  

La version télé de Louisiane est difficile à trouver aujourd'hui ,mais la version cinématographique vous est maintenant accessible sur illico au Québec, et sur iTunes partout où le français ou l'anglais est une langue parlée. 

Sous les traits de la talentueuse actrice Margot Kidder, on découvre le personnage d'une femme avec beaucoup de tempérament qui n'hésite pas à se donner afin de conserver à ce domaine Bagatelle sa touchante intégrité!  C'est le début d'une passionnante saga : trente ans de la vie de Virginie, de ses luttes, de ses amours, dans un monde de tumultes et de passions.

Laissez-vous séduire par l'ambiguïté des personnages, et surtout par Virginie prête à tout pour se défendre. Elle est attachante et presque féministe; c'est sans contredit une femme de tête, une femme d'affaires…à une époque où l'économie est basée sur l'esclavage et les hommes qui prennent des paris autant économiques qu'amoureux.
MOT DE LA FIN  
Éléphant a connu un succès retentissant au Mexique!  Assistez, vous aussi, à la présentation de monsieur Nelson Carro, directeur de la cinémathèque de Mexico, lors de la projection du film Les ordres, en présence des cofondateurs d'Éléphant:  Marie José Raymond, filmée par Claude Fournier.  

Cinquante films restaurés et numérisés par Éléphant sont maintenant disponibles dans une version sous-titrée en espagnol.  Ne manquez pas notre prochaine infolettre afin de tout savoir sur cet échange fructueux...et les projets à venir avec les pays hispanophones!
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